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Documents

Guide des pratiques cliniques chez les adultes:

Introduction
Étapes recommandées pour l'évaluation et la gestion
Guide
Bibliographie
Annexe

Partie I : Introduction

On trouvera ci-dessous la liste des énoncés des lignes directrices sur lesquels se fondent les schémas cliniques du Guide. Cette liste se divise en quatre parties numérotées de II à V conformément au manuel de l’AHCPR (1996). La Partie II (Dépistage et évaluation de l’incontinence urinaire) sert surtout à la gestion clinique initiale et à la réévaluation du traitement/gestion. La Partie III (Traitement de l’incontinence urinaire) constitue le fondement scientifique des traitements suggérés dans les schémas cliniques. La Partie IV (Incontinence urinaire chronique persistante) affirme ou réaffirme certains problèmes reliés à ce type d’incontinence. La partie V (Information et formation) renferme des énoncés qui s’appliquent particulièrement aux modèles de soins proposés.

Les énoncés des lignes directrices extraites du manuel (1996) de l’AHCPR figurent en caractères normaux et, tout au long du document, la numérotation des énoncés et des pages est celle de ce manuel.

Les corrections, les additions et les renvois à de nouvelles sources, qui découlent des recherches effectuées par le comité directeur dans la littérature récente, apparaissent en caractères gras. Les niveaux 1 à 3 des preuves de ces sources sont à peu près équivalents aux forces A à C des preuves de l’AHCPR (voir Tableau 1 et Tableau 2).

Les énoncés des lignes directrices sont suivis d’une liste bibliographique de documents récents (1995-janvier 2000) établie par le comité directeur. Pour consulter la bibliographie sur laquelle se fondent les lignes directrices de l’AHCPR qui apparaissent dans le Guide, il faut se référer au manuel (1996) de cet organisme. Enfin, on trouvera en annexe deux documents sur des questions qui concernent particulièrement les personnes âgées.

Partie II : Dépistage et évaluation de l'incontinence urinaire (IU)

1. Principes généraux de l’évaluation diagnostique

On incite les prestataires de soins de santé à bien connaître les problèmes liés à l’incontinence urinaire (IU) et à effectuer l’évaluation de base des patients incontinents. (Force de la preuve = C)

2. Évaluation de base

Tous les patients souffrant d’incontinence urinaire (IU) doivent subir une évaluation de base : antécédents médicaux, examen physique, mesure du résidu vésical postmictionnel et analyse d’urine. (Force de la preuve = B)

Il faut dépister les facteurs de risque associés à l’IU et tenter de les modifier. (Force de la preuve = B)

2.a. Qualité de vie

Il existe un certain nombre de mesures de la qualité de vie qui peuvent mesurer des améliorations subjectives et objectives. Ces mesures reflètent des résultats qui sont importants aux yeux de la personne incontinente, et elles doivent servir de seuil minimal. (Niveau de preuve = 1) (Fonda et coll., 1995)

2.b. Évaluation du résidu d’urine dans la vessie

Une échographie de la vessie est une alternative non invasive au cathétérisme d’exploration et permet d’éliminer tout risque de rétention urinaire qui soit cliniquement significative. (Niveau de preuve = 2) (Resnick, 1995; Simforoosh et coll., 1997)

3. Évaluations complémentaires

Un test sanguin (azote uréique du sang (AUS), créatinine, glucose et calcium) est recommandé lorsqu’on soupçonne un dysfonctionnement rénal ou la présence de polyurie (en l’absence de médicaments diurétiques). (Force de la preuve = C)

Une cytologie urinaire n’est pas recommandée dans le cadre d’une simple évaluation de l’incontinence. (Force de la preuve = B)

4. Évaluation plus poussée

Après l’évaluation de base, il faut entreprendre le traitement du type présumé d’IU à moins qu’une évaluation plus poussée se révèle nécessaire (Force de la preuve = B)

À la suite de l’évaluation de base et du traitement initial, il faut soumettre à une évaluation plus poussée les patients qui ne répondent pas au traitement ou à qui le traitement donné en fonction du diagnostic présumé ne convient pas. (Force de la preuve = C)

5. Tests spécialisés

Les tests spécialisés ne font pas partie de l’évaluation de base de l’IU. (Force de la preuve = B)

5.a. Examens urodynamiques

Dans une évaluation plus poussée de l’IU, une simple cystométrie permet de détecter les anomalies liées à la compliance du détrusor et à sa contractilité, de mesurer le résidu vésical postmictionnel (RVP) et de déterminer la capacité de la vessie. (Force de l’évidence = A)

Dans certains cas, lorsque le diagnostic est complexe ou demande une planification de la thérapie, la cystométrie à multicanaux s’impose. (Force de la preuve = B)

Lorsqu’il effectue des examens urodynamiques, le professionnel de la santé doit tenter de reproduire les symptômes du patient. (Force de la preuve = C)

5.b. Test endoscopiques

On ne recommande pas la cystoscopie lors de l’évaluation de base de l’IU. (Force de la preuve = B). Par contre, un examen cystoscopique peut être indiqué pour une investigation plus poussée dans les situations suivantes:

(a) pyurie aseptique ou hématurie (Force de la preuve = B
(b) quand les examens urodynamiques ne permettent pas de reproduire les symptômes. (Force de la preuve = C)
(c) apparition de mictions irritantes, vessie douloureuse, cystite récurrente ou risque de corps étrangers. (Force de la preuve = B)

5.c. Tests par imagerie

Lorsque l’examen clinique le requiert, il faut recourir à la radiographie, à l’échographie et aux autres techniques d’imagerie pour une évaluation des pathologies anatomiques reliées à l’IU. (Force de la preuve = C)

Partie III : Traitement de l'incontinence

Techniques comportementales

1.a. Adaptation du style de vie:

Augmentation ou diminution des liquides – l’absorption d’une quantité suffisante de liquides (environ 30 ml/kg ou entre 1,5 et 2 litres par jour) peut réduire les symptômes d’IU. (Niveau de preuve = 3) (Griffiths et coll., 1996; Dowd et coll., 1996)

L’élimination de la caféine ou la réduction de sa consommation peut réduire les symptômes dans le bas appareil urinaire. (Niveau de preuve = 1) (Tomlinson et coll., 1999)

Tabagisme – n’avoir jamais fumé ou arrêter de fumer peut prévenir ou réduire l’apparition de symptômes dans le bas appareil urinaire. (Niveau de preuve = 2) (Koskimaki et coll., 1998)

La perte de poids peut réduire les pertes d’urine chez les femmes obèses. (Niveau de preuve = 3) (Bump et coll., 1992)

Des exercices ou une activité physique modérée peuvent prévenir ou réduire les symptômes d’IU dans le bas appareil urinaire. (Niveau de la preuve = 3) (Platz et coll., 1998)

Constipation – des selles régulières peuvent réduire l’incontinence. (Niveau de preuve = 3) (MacDonald et coll., 1991)

Chez les femmes souffrant d’incontinence urinaire d’effort (IUE), d’incontinence par mictions impérieuses ou d’incontinence mixte, l’adoption de mesures traditionnelles peut engendrer une amélioration à long terme de leur état. (Niveau de preuve = 2) (Seim et coll., 1998; Weinberger et coll., 1999; Bear et coll., 1997)

1. Aide pour aller aux toilettes

Il faut offrir aux personnes incontinentes d’aller aux toilettes à intervalles fixes ou réguliers lorsqu’elles peuvent respecter un horaire. Cette technique est recommandée pour les patients incapables d’aller seuls aux toilettes. (Force de la preuve = C)

L’apprentissage d’habitudes mictionnelles est recommandé pour les patients qui semblent développer naturellement de telles habitudes. (Force de la preuve = B)

Il est recommandé d’inciter à uriner les patients capables de sentir que leur vessie est pleine ou qu’ils ont envie, ou capables de demander de l’aide ou de réagir quand ils sont incités à uriner. Ces patients n’ont peut-être pas suffisamment d’aptitudes cognitives pour collaborer à des thérapies comportementales plus complexes.

2. Rééducation de la vessie

La rééducation de la vessie est recommandée pour la gestion de l’incontinence par mictions impérieuses (ID) et de l’incontinence mixte. (Force de la preuve = A); (Niveau de la preuve = 1) (Roe, Williams, Palmer, 1999)

3. Réadaptation des muscles pelviens

3.a. Exercices des muscles pelviens (EMP)

L’enseignement des EMP aux femmes peut prévenir l’IU. (Force de la preuve = C)

L’enseignement d’exercices qui renforcent les muscles pelviens peut réduire l’incidence de l’IU. (Force de la preuve = C)

Les EMP sont fortement recommandés dans les cas d’IUE chez les femmes. (Force de la preuve = A); (Niveau de l’évidence = 1) (Bø, 1999)

Les EMP alliés à la rééducation de la vessie sont recommandés dans les cas d’incontinence par mictions impérieuses. (Force de la preuve = B)

Les EMP peuvent aider les hommes qui souffrent d’IU à la suite d’une prostatectomie. (Force de la preuve = C)

Les EMP alliés aux stimulations électriques, à la rétroaction biologique (biofeedback) ou à la rééducation de la vessie peuvent améliorer la continence après une prostatectomie complète. (Niveau de la preuve = 2) (Van Kampen, 2000).

Le massage du bulbe urétral ou les EMP sont utiles dans les cas de pertes postmictionnelles. (Niveau de la preuve = 2) (Paterson et coll., 1997)

3.b. Effets positifs d’un appareil à rétroaction biologique (biofeedback) sur l’inhibition de la vessie et les EMP

La réadaptation des muscles pelviens et l’inhibition de la vessie à l’aide d’un appareil de rétroaction biologique (biofeedback) sont recommandées dans les cas d’IUE, d’incontinence par mictions impérieuses ou d’incontinence mixte. (Force de la preuve = A)

Une thérapie comportementale renforcée par un appareil de rétroaction biologique (biofeedback) est sans danger et plus efficace que l’oxybutynine ou un placebo pour traiter l’incontinence par mictions impérieuses et l’incontinence mixte chez les femmes. (Niveau de la preuve = 1) (Burgio et coll., 1998)

Les exercices des muscles du plancher pelvien renforcés par un appareil de rétroaction biologique (biofeedback) peuvent réduire les pertes d’urine des femmes âgées confinées à la maison. (Niveau de la preuve = 1) (McDowell et coll., 1999)

Les stimulations électriques peuvent réduire les symptômes de l’incontinence par mictions impérieuses et leur fréquence. (Niveau de la preuve = 2) (Bower et coll., 1998; Hasan et coll., 1996)

3.c. Utilisation de poids vaginaux en plus des exercices des muscles pelviens

L’utilisation de poids vaginaux peut être recommandée dans le cas d’IUE chez les femmes préménopausées, mais elle n’a pas plus d’efficacité que les exercices des muscles pelviens. (Niveau de la preuve = 2) (Bo, 1999)

3.d. Stimulation électrique du plancher pelvien

La stimulation électrique du plancher pelvien peut réduire l’incontinence des femmes souffrant d’IUE. (Force de la preuve = B)

La stimulation électrique du plancher pelvien peut être utile dans les cas d’incontinence par mictions impérieuses et d’incontinence mixte. (Force de la preuve = B)

Les exercices du plancher pelvien, la stimulation électrique et la consommation d’œstrogène peuvent réduire l’incontinence des personnes âgées présentant des symptômes d’IUE, d’incontinence par mictions impérieuses ou d’incontinence mixte. (Niveau de la preuve = 1) (Holtedahl et coll. 1998)

4. Pharmacothérapie

4.a. incontinence par mictions impérieuses : Instabilité du détrusor (ID)

La pratique clinique a démontré l’utilité de certains agents pharmacologiques dans les cas de ID. (Force de la preuve = B)
Agents anticholinergiques : oxybutynine, chlorhydrate de dicyclomine, propanthéline, toltérodine.
Antidépresseurs tricycliques : imipramine, doxépine, désipramine et nortriptyline.
Décontractant musculaire à action directe : flavoxate.

4.b. Agents anticholinergiques

Les agents anticholinergiques font partie de la pharmacothérapie de première ligne pour traiter la ID. (Force de la preuve = A)

Lorsqu’une pharmacothérapie s’impose pour traiter la ID, l’oxybutynine est un produit anticholinergique de choix. La dose recommandée est de 2,5 à 5 mg par absorption orale deux à quatre fois par jour. (Force de la preuve = A)

L’oxybutynine à libération contrôlée prise une fois par jour est aussi efficace que l’oxybutynine à libération immédiate. De plus fortes doses peuvent être mieux tolérées par libération contrôlée. (Niveau de la preuve = 1) (Anderson et coll., 1999) (Niveau de la preuve = 2) (Gleason et coll., 1999)

Une faible dose d’oxybutynine combinée avec une rééducation de la vessie peut réduire la fréquence des mictions chez les femmes âgées souffrant de ID. (Niveau de la preuve = 2) (Szonyi et coll., 1995)

La toltérodine est un agent anticholinergique qui agit sélectivement sur les récepteurs urinaires de la vessie plutôt que sur les récepteurs salivaires. Son efficacité est comparable à celle de l’oxybutynine. C’est le médicament de choix lorsque son usage est limité par un assèchement excessif de la bouche. La dose optimale est de 2 mg bid. (Niveau de la preuve = 1) Drutz et coll., 1999; Abrams et Wein, 1997)

La propanthéline est un agent anticholinergique de seconde ligne pour le traitement de l’ID de patients qui peuvent tolérer une pleine dose. La dose recommandée est de 7,5-30 mg trois à cinq fois par jour; une dose supérieure (15-60 mg qid) peut être nécessaire. (Force de la preuve = B)

Les personnes affectées par l’incontinence par mictions impérieuses ou l’impériosité peuvent bénéficier de plus fortes doses de flavoxate (800-1200 mg) prises à raison de trois doses par jour. (Niveau de la preuve = 2) (Fehrmann-Zumpe et coll., 1999; Guarneri et coll., 1994)

4.c. Agents tricycliques

Les agents tricycliques (ATC) doivent être réservés à des patients qui ont fait l’objet d’une évaluation approfondie. La dose orale normale est de 10-25 mg, au départ de une à trois fois par jour, mais il est habituellement possible d’administrer ces médicaments moins fréquemment en raison de leur longue demi-vie. La dose quotidienne totale est habituellement de 25-100 mg. (Force de la preuve = B)

Fortement anticholinergiques, les ATC, notamment l’amitriptyline et la doxépine, sont contre-indiqués pour les personnes âgées fragiles. (Niveau de la preuve = 3) (McLeod et coll., 1997; B. G. Pollock, 1999)

4.d. Anti-inflammatoires non stéroïdiens

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont contre-indiqués dans le traitement primaire de l’ID. (Force de la preuve = C)

5. Incontinence urinaire d’effort (IUE) : déficience du sphincter urétral

5.a. Thérapie à l’œstrogène

On peut considérer l’œstrogène (administré par voie orale ou vaginale) comme un agent pharmacologique complémentaire pour traiter l’IUE ou l’incontinence mixte chez les femmes postménopausées. Conjugué à un autre médicament, l’œstrogène est administré habituellement par voie orale (0,3-1,25 mg/jour) ou par voie vaginale (2 g ou fraction/jour). On peut prescrire de la progestérone (comme la médroxyprogestérone, 2,5-10 mg/jour) de façon continue ou intermittente. (Force de la preuve = B) (Niveau de la preuve = 2) (Fantl et coll., 1996). Les résultats des essais contrôlés aléatoires ne concordent pas. La meilleure étude (Fantl et coll., 1996) ne montre pas d’effet de l’œstrogène sur la continence. Il peut y avoir d’autres raisons de prescrire de l’œstrogène aux femmes postménopausées souffrant d’IUE.

5.b. Autres médicaments potentiellement bénéfiques

L’imipramine (10-75 mg q.h.) est recommandé à titre de pharmacothérapie alternative dans les cas d’IUE lorsque les agents de première ligne se révèlent inefficaces. Aucune étude n’a été menée pour déterminer son innocuité à long terme dans les cas d’IUE, mais les données de la littérature psychiatrique sont rassurantes. (Force de la preuve = C)

L’utilisation du propanolol ou d’autres bêta-bloquants est contre-indiqué dans le traitement de l’IUE par suite de l’absence d’expériences ou d’études cliniques. (Force de la preuve = C)

6. Traitement chirurgical

L’intervention chirurgicale est un traitement recommandé pour l’incontinence urinaire d’effort (IUE) chez les hommes et les femmes, et elle peut être considérée à titre de traitement de première ligne pour certains patients qui ne peuvent se plier à d’autres modifications de leur style de vie ou à une thérapie comportementale. (Force de la preuve = B)

7. L’incontinence urinaire d’effort chez la femme

Hypermobilité ou déficience du sphincter interne (DSI)

7.a. Traitement de l’hypermobilité

La colposuspension rétropubienne est recommandée pour traiter l’hypermobilité chez les femmes lorsque l’IUE constitue la principale indication à une intervention chirurgicale. Parce qu’elle est plus efficace, cette méthode est préférée à la réparation de la paroi vaginale intérieure dans les cas d’hypermobilité. (Force de la preuve = B). Toutes les techniques de colposuspension rétropubienne sont également efficaces à court et à long terme. Les résultats à long terme de la suspension à l’aiguille ne sont pas aussi bons. (Niveau de preuve = 2) (Leach et coll., 1997)

7.b. Traitement de la déficience du sphincter interne (DSI)

L’intervention de fronde est recommandée chez les femmes présentant des symptômes de DSI et d’hypermobilité ou comme traitement de première ligne de la DSI. (Force de la preuve = B)

Les injections trans-urétrales sont recommandées comme traitement de première ligne chez les femmes souffrant de DSI. (Force de la preuve = B). La présence d’hypermobilité n’est pas nécessairement une contre-indication. (Niveau de la preuve = 2) (Herschorn et coll., 1996)

Le TVT (mise en place d’une bandelette sous l’urètre) constitue une nouvelle technique peu effractive pour traiter une véritable IUE chez les femmes. Confiée à des professionnels bien formés, cette technique est une alternative aux interventions de fronde. Son taux de succès à court et à moyen terme est similaire, et l’incidence de complications post-opératoires est peut-être inférieure. Pour établir une véritable comparaison, il faudra de nouvelles données sur des suivis à long terme (plus de 3 ans). (Niveau de la preuve = 2) (Ulmsten et coll., 1995, 1998, 1999; Wang et Lo, 1998; Olsson et Kroon, 1999).

On recommande la pose d’un sphincter artificiel dans les cas de DSI et de grave IUE qui ne répond pas aux autres traitements chirurgicaux. À cause du taux élevé de complications, cette méthode est rarement utilisée comme première thérapie. (Force de la preuve = B)

8. Incontinence urinaire d’effort chez l’homme

Déficience du sphincter interne (DSI)

Des modifications au style de vie peuvent améliorer les symptômes dans le bas appareil urinaire. (Niveau de la preuve = 3) (Kondo et coll., 1999)

8.a. Injections trans-urétrales

Les injections trans-urétrales peuvent être recommandées comme traitement chirurgical de première ligne chez les hommes souffrant de DSI. (Force de la preuve = B)

8.b. Pose d’un sphincter artificiel

Six mois après une prostatectomie, on peut décider de poser un sphincter artificiel dans les cas de DSI. Il faut aussi faire l’essai d’une thérapie comportementale pendant ces six mois. (Force de la preuve = B) (Niveau de la preuve = 2) (Schettini et coll., 1998)

9. incontinence par mictions impérieuses : vessie hyperactive

Dans les cas d’instabilité du détrusor (ID), la neuromodulation est un traitement chirurgical peu effractif offert dans des centres spécialisés. Il peut être envisagé en cas d’échec des traitements non effractifs. (Niveau de la preuve = 2) (Weil et coll., 1998; Shaker et Hassouna, 1998).

L’entérocystoplastie d’augmentation est recommandée pour les personnes souffrant d’une grave et persistante instabilité de la vessie ou d’une compliance vésicale déficiente qui ne répond pas aux traitements non chirurgicaux. (Force de la preuve = B)

Une diversion des voies urinaires est recommandée dans les cas graves et persistants d’ID ou d’une compliance vésicale déficiente qui ne répond pas à d’autres traitements. (Force de la preuve = B)

10. Mictions incomplètes

10.a. Obstruction du col vésical ou de l’urètre ou vessie peu contractile

Les symptômes de perte ou d’incontinence due à une obstruction du col vésical, à une hypertrophie de la prostate ou au rétrécissement de l’urètre peuvent être corrigés par intervention(s) chirurgicale(s). (Force de la preuve = B)

Un cathétérisme intermittent ou une sonde à demeure peut représenter une mesure temporaire ou permanente pour des personnes devenues incontinentes en raison de mictions incomplètes dues à une vessie hypoactive ou obstruée, et qui ne sont pas des candidats à une chirurgie ou qui sont en attente d’une chirurgie. (Force de la preuve = C)

Il n’existe aucune preuve qui favorise la dilatation de l’urètre pour traiter l’incontinence chez les femmes, bien que cette mesure puisse se révéler utile dans les cas extrêmement rares d’obstruction primaire. (Force de la preuve = C)

L’uréthrotomie interne n’est pas recommandée pour traiter l’obstruction de l’urètre chez la femme. (Force de la preuve = C)

La stimulation électrique du col vésical peut améliorer la vidange chez les hommes et les femmes dont la vessie est acontractile ou hypocontractile. (Niveau de la preuve = 3) (Primus et coll., 1996)

Gestion du traitement chirurgical

Dans les cas d’obstruction de l’appareil urinaire chez les hommes, on peut choisir la chirurgie lorsque d’autres formes de traitement ont échoué. Une hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) est la cause la plus fréquente d’une obstruction infravésicale chez les hommes. Son traitement comporte plusieurs aspects qui sont traités dans d’autres guides de pratiques cliniques déjà publiés. (Niveau de la preuve = 3) (Jepsen et Bruskewitz, 1998).

11. Autres mesures et produits d’appoints

Des vêtements de protection et des appareils pour recueillir l’urine à l’extérieur jouent un rôle de premier plan dans la gestion de l’incontinence chronique. Il faut toujours utiliser les produits qui sont les plus absorbants et les plus doux pour la peau. Il n’existe toutefois aucune littérature scientifique pour aider le consommateur à choisir les produits les plus efficaces. (Force de la preuve = C)

11.a. Cathétérisme intermittent (CI)

Le CI est une mesure d’appoint recommandée pour les patients présentant les symptômes suivants : blessure de la moelle épinière, IU persistante, rétention chronique d’urine due à une vessie hypoactive ou partiellement obstruée. (Force de la preuve = B)

La technique propre est recommandée dans tous les cas de CI, sauf pour les personnes immunodéprimées. (Force de la preuve = B)

La technique stérile du CI est recommandée pour les personnes âgées ou immunodéprimées. (Force de la preuve = C)

Le recours régulier à un traitement suppressif à long terme avec des antibiotiques n’est pas recommandé pour les patients incontinents chronique qui utilisent la technique de CI propre. (Force de la preuve = B)

Dans les populations à risques élevés, comme par exemple les personnes ayant une prothèse interne ou les personnes immunodéprimées à cause de l’âge ou d’une maladie, il faut analyser cas par cas le recours à un traitement aux antibiotiques pour une bactériurie asymptomatique. (Force de la preuve = C)

11.b. Sondes à demeure dans l’urètre

Les sondes à demeure sont recommandées pour traiter à court terme certains patients incontinents atteints d’une maladie terminale ou d’ulcères. (Force de la preuve = B)

Les sondes à demeure sont recommandées pour des patients atteints d’une grave invalidité pour qui il n’existe pas d’autres interventions possibles ainsi que pour ceux qui vivent seuls et n’ont pas de soignant pouvant leur offrir d’autres mesures d’appoint. (Force de la preuve = C)

11.c. Sondes sus-pubiennes

Les sondes sus-pubiennes sont utilisées à court terme après une chirurgie gynécologique, urologique ou autre, ou peuvent constituer une alternative à l’usage d’une sonde à long terme. La sonde sus-pubienne est contre-indiquée pour gérer à long terme l’incontinence de personnes aux prises avec une instabilité vésicale chronique (instabilité/ hyperactivité du détrusor) et avec une DSI. (Force de la preuve = B)

11.d. Appareils externes pour recueillir l’urine

Des systèmes externes de collecte d’urine sont recommandés pour traiter les personnes incontinentes (femmes et hommes) dont la vidange vésicale est satisfaisante, qui n’ont pas d’irritations cutanées de l’appareil génital et chez qui les autres thérapies ont échoué ou ne conviennent pas. (Force de la preuve = C)

11.e. Appareils de compression du pénis

Des appareils de compression du pénis sont utilisés en pratique clinique pour traiter l’IU. Il n’existe aucune littérature scientifique sur l’utilisation de ces appareils. Le comité reconnaît que des hommes peuvent utiliser de façon temporaire ces appareils dans certaines circonstances et sous la surveillance d’un soignant. (Force de la preuve = C)

11.f. Appareils de soutien des organes pelviens

Il n’existe aucune étude comparative avec d’autres traitements qui permette de conseiller l’utilisation de pessaires pour traiter l’IU chez les femmes ou d’en déconseiller l’usage. (Niveau de la preuve = 3)

Les pessaires sont recommandés pour les femmes qui présentent des symptômes de prolapsus des organes pelviens. (Force de la preuve = C)

11.g. Appareils vaginaux dans les cas d’incontinence par mictions impérieuses

Les appareils vaginaux peuvent réduire les pertes dans les cas d’incontinence par mictions impérieuses. (Niveau de la preuve =2) (Thyssen et coll., 1999; Versi et coll., 1997

Partie IV : Incontinence urinaire chronique persisitante

1. Prévalence et incidence

1.a. Modes d’intervention pour traiter l’IU chronique

Les soins de personnes affectés d’IU chronique doivent englober des horaires mictionnels réguliers, l’absorption de liquides, une diète appropriée, des stratégies pour réduire les pertes d’urine la nuit, l’utilisation de vêtements très absorbants et très doux pour la peau, la prévention et le traitement précoce des irritations cutanées. (Force de la preuve = B)

1.b. Modifications du milieu de vie

Tous les soignants qui s’occupent de personnes âgées ou invalides doivent évaluer le milieu dans lequel le patient vit. Des modifications simples ou l’ajout d’aides fonctionnelles pour l’hygiène et les déplacements peuvent souvent éliminer ou réduire les pertes involontaires d’urine. (Force de la preuve = C)

Les stratégies qui maintiennent ou accroissent la mobilité sont susceptibles de prévenir les pertes d’urine chez les personnes âgées fragiles ou de les réduire. (Force de la preuve = B)

1.c. Gestion des liquides et de la diète

La constipation est un problème courant chez les patients touchés par l’IU chronique. Il est souvent utile d’établir une diète comportant suffisamment de fibres et de liquides. L’élimination des résidus intestinaux et de la pression sur la vessie et l’urètre qui en résulte constitue souvent la première mesure essentielle au traitement de l’IU chronique. (Force de la preuve = C)

1.d. Gestion de la nocturie
Les mictions et l’incontinence nocturnes sont des problèmes majeurs pour des adultes de tout âge. On recommande des mesures préventives pour réduire les mictions nocturnes. Pour une surveillance efficace des pertes d’urine la nuit, il faut encourager l’utilisation de simples appareils électroniques de détection de l’urine. (Force de la preuve = B)

2. Autres mesures et soins d’appoint

2.a. Produits absorbants

On recommande l’usage de produits absorbants pendant l’évaluation, de concert avec une autre thérapie, et on le recommande aussi comme mesure à long terme pour traiter l’incontinence urinaire chronique persistante. (Force de la preuve = C) Il existe peu de renseignements sur la valeur respective des différents et nombreux produits sur le marché. (Niveau de la preuve = 3) (Baker et Norton, 1996; McClish et coll., 1999)

2.b. Sondes sus-pubiennes

Les sondes sus-pubiennes peuvent représenter une alternative acceptable à la sonde urétrale à demeure lorsque le patient le souhaite ou lorsque les circonstances exigent l’utilisation d’un appareil pour drainer la vessie. (Force de la preuve = B)

2.c. Soins de la peau

L’adoption de mesures appropriées pour nettoyer la peau avant et tout de suite après une perte d’urine aide à prévenir les irritations cutanées. (Force de la preuve = B)

Certaines couches et certains vêtements peuvent offrir une protection contre les irritations cutanées. (Force de la preuve = C)

Partie V : Information et formation

1. Information du public

L’incontinence urinaire est stigmatisée et considérée comme un état socialement inacceptable par suite de l’ignorance, des préjugés et de l’intolérance du public. C’est pourquoi, bien des personnes s’isolent, se sentent embarrassées en société et tardent à consulter un médecin. Le public doit savoir qu’il existe de nombreux problèmes de traitement et de gestion de l’incontinence urinaire. Depuis la Conférence du consensus du NIH en 1998, il est un peu mieux renseigné grâce à la publication du guide de 1992 de l’AHCPR et des efforts de deux groupes d’entraide aux États-Unis, la Simon Foundation for Continence et la National Association for Continence (NAFC), connue auparavant sous le nom de Help for Incontinent People (HIP). Au Canada, la Fondation d’aide aux personnes incontinentes (Canada) a contribué à informer le public grâce à ses nombreuses brochures, à des sondages et à l’adoption d’un Mois de sensibilisation aux problèmes d’incontinence (novembre).

Il est indispensable d’accroître les efforts pour renseigner et éduquer le public. (Force de la preuve = C)

Le public doit savoir que l’incontinence n’est pas inévitable ou honteuse, mais qu’elle est traitable ou, à tout le moins, gérable. (Force de la preuve = C)

L’information offerte aux patients doit être complète et multidisciplinaire afin de bien leur expliquer tous les choix de gestion. (Force de la preuve = C)

Il faut davantage de recherches pour vérifier l’efficacité des activités éducatives à l’intention des patients. (Force de la preuve = C)

2. Formation des professionnels

Il est nécessaire de donner de toute urgence une formation en incontinence urinaire aux professionnels, aux paraprofessionnels et aux équipes d’enquête. De l’information sur l’incontinence urinaire devrait faire partie des programmes de premier et de deuxième cycle dans les écoles des professionnels de soins de santé. Les écoles de soins infirmiers et de physiothérapie devraient songer à former des professionnels en soins de l’incontinence qui pourraient agir ensuite à titre de conseillers experts (conseillers en incontinence) auprès de tous les prestataires de soins de santé, dans les régions, dans les départements universitaires des sciences de la santé au niveau provincial, dans les centres de soins communautaires ou de soins à domicile ainsi que dans les établissements de soins de longue durée.

Un programme d’infirmière-conseil ou d’infirmier-conseil en incontinence a été mis sur pied officiellement, et c’est l’Université McMaster qui en a pris l’initiative sous l’impulsion de Jennifer Skelly, inf.d., Ph.D. Des cours de formation à distance sont offerts aux infirmiers et infirmières dans le cadre de ce programme. Des programme similaires pourraient être mis sur pied dans les écoles de soins infirmiers partout au Canada. Des programmes en physiothérapie sont aussi en voie de développement et pourraient aussi être éventuellement offerts partout au Canada. Le choix des endroits au Canada qui peuvent offrir le volet clinique de la formation pour une grande variété de milieux (soins aigus, soins de longue durée, soins à domicile) sera très important pour le personnel infirmier, les physiothérapeutes et les autres professionnels de la santé qui recherchent une formation supérieure.

Des cours sur l’évaluation et le traitement de l’IU devraient être intégrés au programme régulier de formation de tous les étudiants de premier et de deuxième cycle en sciences de la santé. Des programmes en IU devraient faire partie de la formation permanente de tous les professionnels de la santé. (Force de la preuve = C).

Des programmes en IU devraient faire partie de la formation permanente de tous les prestataires de soins de santé. Il faut offrir des programmes de formation, ayant un volet didactique et clinique, aux infirmiers et infirmières, aux physiothérapeutes et aux autres professionnels de la santé afin qu’ils deviennent dans leur discipline des experts en gestion de l’incontinence chez les adultes.